Face à un conflit qui, dès 1913, se présentait comme inéluctable, et face aux conséquences économiques qu'il ne manquerait pas d'avoir sur les grands équilibres de la finance internationale, la question s'est posée, pour les Etats-Unis, d'adapter leur système bancaire au nouveau rôle qu'ils allaient pouvoir tenir, en particulier relativement à ce maître du monde qu'était le réseau financier britannique...

Voici, selon l'historien Georges-Henri Soutou, comment se présentait alors la hiérarchie établie par l'Histoire entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis :

"Le commerce extérieur américain avec les différentes parties du monde était en effet largement financé par la place de Londres."

Georges-Henri Soutou poursuit :

"Pour l'industriel américain exportateur, le système présentait l'avantage de l'assurer d'un paiement immédiat - ce qui est le but classique de l'escompte - mais surtout de le dispenser d'enquêter sur la solvabilité de son client étranger : ce travail était effectué par les banques anglaises ; celles-ci, avec leurs 2000 succursales dans le monde, étaient en effet de loin les mieux outillées pour ce genre d'enquêtes."

Finance internationale, avons-vous écrit... Voici ce que le même historien rapporte des contacts pris par le banquier Warburg, chargé de définir les statuts de la future Federal Reserve :

"Il sollicita (...) les avis du grand financier germano-anglais Sir Ernest Cassel, de Helfrich (Deutsche Bank), du baron de Neuflize, d'Emile Ullmann (Comptoir national d'escompte), à Paris, d'Edouard Noetzlin (Paribas), de Kundert, président de la Banque nationale suisse, de Joel (Banca Commerciale de Milan), de son frère Max Warburg, du banquier londonien Samuel Montagu, de Rosselli (Crédit Lyonnais), de Lord Revelstoke (Baring Brothers)."

Voilà donc comment, par-delà les frontières et des gouvernements qui vont faire s'affronter les peuples pour des millions de morts et des dizaines de millions de blessés, la finance internationale - c'est-à-dire la console de commande des richesses économiques représentatives de la propriété privée des moyens de production et d'échange accumulés au fur et à mesure de l'histoire de l'humanité - s'organise.

Pour quelques éléments supplémentaires, consulter les pages 88 et 89 de "Quand le capital se joue du travail" que voici : Extrait_88_89

Michel J. Cuny